Une oasis pour les enfants talibés
- SIM France-Belgique
- 30 oct. 2024
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 31 oct. 2024
Au Bénin, pays où cohabitent de nombreux peuples, existe une communauté bien spéciale, qui passe généralement inaperçue. Il s’agit des talibés, de jeunes garçons principalement issus du peuple peul qui mendient dans les rues.

Ces enfants sont placés par leur famille dans des écoles coraniques appelées daaras, des pensionnats dans lesquels ils sont instruits par des maîtres coraniques, pour y étudier les textes sacrés. Ils reçoivent des leçons très tôt le matin, et encore le soir. Ils passent dans les mosquées pour les 5 prières qui rythment la journée. Dans les moments où ils n’étudient pas le Coran, les talibés arpentent les rues de la ville pour mendier. Souvent ces garçons traînent à côté des restaurants ou chez les vendeuses de nourriture pour récupérer les restes des repas. Une partie des aumônes est donnée à leur maître. En contrepartie, les parents ne paient pas pour leur scolarisation.
Au sein du daara, ces enfants qui ont souvent quitté très jeunes leurs familles – dès 5 ans – développent un sens de la communauté avec tous les défis que cela comprend. Ils dorment sur des nattes à même le sol, et ont peu d’accès à l’hygiène et aux soins. Dans la société les enfants talibés ne sont pas respectés et la violence physique et morale fait partie de leur quotidien.
Mais pourquoi ces familles envoient-elles leurs enfants dans de telles institutions ? Outre l’ambition qu’elles ont pour leurs fils, espérant qu’ils deviennent à leur tour maîtres coraniques, c’est une raison assez terre à terre qui les pousse à faire ce choix « ça fait une bouche de moins à nourrir pour une famille que d’envoyer son fils dans une école coranique » explique Sabrina, missionnaire travaillant sur place.
Un moment suspendu dans les airs pour les talibés
Pourtant, depuis deux ans, près de 150 enfants talibés reçoivent soins et amour. « C’est Dieu qui a envoyé ces enfants à la station missionnaire SIM » explique Sabrina. À ce moment-là, alors que vivait sur place la famille Philips, des garçons talibés ont passé leur tête à travers la clôture de l’enceinte pour réclamer à manger. Prenant conscience de leur vulnérabilité, Sarah Philips a ressenti le besoin d’agir. C’est ainsi qu’est né, très humblement, en réponse à des besoins primaires, un club pour les enfants talibés, dans la station missionnaire.
Chaque matin, dès 8h, les enfants se pressent au portail de la station pour recevoir un petit-déjeuner. Sabrina les accueille et les sert. Et tous les mardis après-midi, les talibés viennent en nombre pour manger, jouer, recevoir des soins infirmiers, apprendre à lire et à compter, faire leur lessive, ou prendre une douche. Ce qu'ils y trouvent dépasse de loin ce qu’ils reçoivent au sein du daara. C’est un véritable bain d’amour et de bienveillance qui les attend. « Ils se sentent vraiment aimés ici » s’émeut Belinda, jeune française qui a servi dans ce ministère quelques mois entre 2023 et 2024.
« Récemment, raconte Sabrina, un garçon du club toussait beaucoup. Je ne me doutais pas qu’il avait quelque chose de grave. Mais une missionnaire médecin de passage l’a ausculté. Elle a découvert qu’il était atteint d’une pneumonie sévère. Je l’ai donc conduit à la clinique pour lui faire passer des examens approfondis qui ont révélé une anémie et la tuberculose. Il a été pris en charge et a été guéri. Il a ensuite confié à une bénévole béninoise "c’est incroyable ce que font les blancs pour nous !" Ce type de parole nous encourage à persévérer dans ce témoignage d’amour. »
Cet amour pour les talibés ne se limite pas aux soins physiques. « Chaque mardi, nous leur racontons une histoire de la Bible qui développe un aspect de la personne de Dieu. Parfois nous l’illustrons par un sketch » précise Belinda. Une traductrice leur conte dans leur langue maternelle, le peul. L’équipe les encourage à questionner ce qui leur a été raconté. Cela donne parfois lieu à des réactions de leur part. « Étant instruits à l’école coranique, il peut arriver qu’ils contestent certaines vérités que nous faisons passer dans les histoires. Cela donne lieu à des discussions intéressantes » sourit Belinda.
Des besoins immenses à combler
L’espoir des personnes impliquées dans ce ministère c’est que ces petits disciples des maîtres coraniques deviennent un jour des disciples convaincus de Christ, Lui qui les considère dans toute leur valeur. Et plus encore ! « Notre prière audacieuse c’est que chaque enfant amène l’Évangile dans sa famille, dans son village, quand il y retournera. Le peuple peul est une ethnie qui reste assez hermétique à l’Évangile » précise Sarah Philips qui aime à se rappeler que « Dieu travaille dans les cœurs de manière miraculeuse ! »

Ce ministère encore très jeune a beaucoup de potentiel. « C’est un miracle d’avoir des enfants qui viennent chaque mardi aussi nombreux, sans que leurs maîtres ne les en empêchent » s’exclame Belinda. Tant que les portes restent ouvertes, il y aura beaucoup à faire pour ces enfants. « On se sent parfois désemparées face à tous ces besoins » avoue Sabrina. Elle rêve de voir d'autres ouvriers rejoindre la mission, notamment des hommes d'origine peule, ainsi que des professionnels de santé, afin de répondre aux immenses besoins encore non comblés de ces enfants.
Mais dans un an, la fondatrice de ce ministère, Sarah Philips retournera définitivement en Allemagne avec sa famille. La question de la continuité du ministère se pose donc alors que les opportunités de toucher cette communauté d’enfants mendiants sont grandes.
Bien que l’horizon s’écrive en pointillés, l’équipe garde foi : Dieu appelle et envoie ses serviteurs là où l'amour et la lumière doivent être portés. Les talibés ont trouvé une oasis dans un environnement hostile. Toute l’équipe espère et prie pour que Dieu appelle des serviteurs à rejoindre ce ministère pour que cette œuvre continue et qu'ainsi chacun de ces enfants s’abreuve à la source de la vie. Car Dieu aime les prières audacieuses.
Cet article est issu du magazine S'IMMERGER n°30
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